Chanvre et médecine

Dernière mise à jour : 5 juin 2021


 

Potentiel médical des phytocannabinnoïdes (PCB)


Le chanvre (Cannabis sativa L.) contient plus de 200 principes actifs (cannabinoïdes, terpènes, flavonoïdes) qui interagissent sur l’organisme, via le système endocannabinoide et de nombreux autres systèmes de neuro-transmission.

Les propriétés médicinales du chanvre ont êté négligées pendant de nombreuses années alors que nous disposions pourtant d’archives historiques fournies sur l’usage médical de cette plante. Si le Tétrahydrocannabinol (THC) est étudié depuis sa découverte en 1964, le cannabidiol (CBD) pourtant identifié à la même époque et les autres cannabinoïdes intéressent seulement les chercheurs depuis une décennie. Ce regain d’intérêt de la part des scientifiques est sans nul doute consécutif à la découverte du système endocannabinoïde. Ce système original fonctionne de manière très ciblée (à la demande) et il est présent dans tous les tissus de l’organisme (os, muscles, organes…) et pas uniquement dans le cerveau, ce qui ouvre la voie à une nouvelle classe médicamenteuse aux indications multiples.

Le champ d’application des PCB et des dérivés de synthèse est actuellement en train de s’étendre considérablement. Les chercheurs ont observé des actions pharmacologiques spécifiques à certains cannabinoïdes et d’autres communes à l’ensemble des cannabinoïdes, à des degrés divers: c’est le cas par exemple de leur pouvoir antioxydant et neuroprotecteur qui suscite des attentes légitimes dans le cadre des maladies neurodégénératives, au vu des premiers résultats expérimentaux, comme dans la maladie d’Alzheimer par exemple (inhibition de l’acétylcholine estérase par le THC et régression des plaques béta-amyloïdes in vitro) ou dans la maladie de Parkinson. C’est également le cas de leur pouvoir antibiotique (CBD bactéricide sur des souches S.A.M.R.), antifongique, analgésique ou anti-inflammatoire.

A l’exception du THC, ces molécules sont donc encore peu étudiées sur le plan clinique mais nous disposons en revanche de très nombreuses études précliniques (études expérimentales in vitro et chez l’animal). Une méta-analyse exhaustive destinée aux professionnels de santé du Canada fait notamment le point sur la question en passant au crible mille études précliniques et cliniques sur les exocannabinoïdes (cannabinoïdes végétaux et synthétiques). Ces résultats laissent entrevoir de nombreuses indications thérapeutiques examinées dans plusieurs revues, telles que l’inflammation, la douleur, les réactions auto-immunes, les vomissements, l’anorexie, l’ostéoporose mais aussi l’obésité, la psychose, l’anxiété, l’épilepsie, les troubles du sommeil, l’ischémie cérébrale et myocardiaque, le diabète de type 1, la fibrose hépatique, les maladies neurodégénératives et le cancer. Les premières études faites sur le cannabidiol (CBD) suggèrent un spectre d’action plus large que celui du THC, des effets secondaires moindres (non psychoactif), et une efficacité supérieure aux thérapeutiques disponibles dans plusieurs indications, comme la fibromyalgie ou le syndrome de Dravet. Le potentiel thérapeutique du CBD pourrait donc s’avérer bien supérieur à celui du THC.

Les études cliniques sur le chanvre et les phytocannabinoïdes

Le niveau de connaissances dans les différents domaines d’utilisation médicale des cannabinoïdes est très hétérogène mais les études commencent néanmoins à s’accumuler. En 2012, plus d’une centaine d’essais cliniques contrôlés, effectués dans le cadre de recherches par des institutions gouvernementales ou scientifiques (Comité des Sciences de la Chambre des Lords Britannique, Institut de Médecine des États-Unis par exemple) sont référencés sur le site de l’IACM, association ouverte exclusivement aux médecins et chercheurs.

Ces études cliniques portent principalement sur le THC et dans une moindre mesure sur le CBD ou les 2 principes actifs en combinaison dans les études récentes. L’établissement de comparaisons directes entre le chanvre et les cannabinoïdes isolés devrait forcément tenir compte des différences éventuelles quant aux voies d’administration, à la posologie, ainsi qu’aux diverses propriétés pharmacologiques de ces différentes substances. En effet, les résultats des études avec le produit complet mettent en évidence un effet d’entourage synergique, lié aux autres cannabinoides, terpènes et flavonoïdes, qui améliore la tolérance et bien souvent l’efficacité du THC (dronabinol).

De manière générale, les découvertes scientifiques sur les propriétés isolées des cannabinoïdes ne reflètent pas le potentiel thérapeutique global du cannabis pour une maladie donnée. Ce dernier montre en effet souvent de bons résultats dans le traitement des maladies chroniques poly-symptomatiques (inflammatoires, dégénératives, néoplasiques, auto-immunes) comportant une composante psycho-sociale, avec une amélioration objective et surtout subjective des symptômes et de la qualité de vie. Les effets psychotropes semblent moins gênants dans ces différentes pathologies chroniques car ils peuvent être considérés par certains patients comme bénéfiques sur le plan psychologique. Par exemple, dans la sclérose en plaques, le cannabis peut réduire la spasticité, la douleur, l’asthénie, les troubles vésico-sphinctériens, la dépression et stimuler l’appétit.

Les indications reconnues :

Les études scientifiques mettent en évidence de fortes preuves de l’efficacité thérapeutique du chanvre et du THC, basées sur de nombreuses études cliniques randomisées en double aveugle, concernant les douleurs chroniques neuropathiques, notamment dans la sclérose en plaques, l’infection V.I.H., le cancer, les névralgies ou les traumatismes médullaires. Un effet d’épargne en opiacés est clairement observé dans la plupart des études. L’efficacité du THC est également reconnue dans la lutte contre la spasticité (SEP, traumatisme médullaire), les nausées et vomissements induits par le cancer ou la chimiothérapie, notamment les vomissements anticipatoires, le manque d’appétence (cachexie liée au cancer ou à une infection VIH).

A l’exception de quelques études récentes, la puissance des essais cliniques sur le chanvre ou le THC est souvent limitée par la taille de l’échantillon, la durée de l’étude, la présence de sujets non naifs (simple aveugle de facto), d’autant que les résultats observés sont souvent modestes et comparables aux médicaments déjà disponibles.

Aux Pays-Bas et au Canada, où l’on dispose d’une filière médicale distincte depuis plus de 10 ans, les indications médicales officielles font essentiellement référence aux monographies des cannabinoïdes mis sur le marché (essais cliniques de phase 3 et 4). En attendant les résultats de la première revue critique de l’Organisation Mondiale de la Santé sur le sujet prévu pour 2019, ces recommandations officielles pourraient résumer le consensus international actuel sur les indications médicales du chanvre :

  • Crampes et spasmes musculaires provoqués par la sclérose en plaques ou les atteintes de la moelle épinière (THC et CBD)

  • Nausées, perte d’appétit, perte de poids et faiblesse dues au cancer et au SIDA

  • Nausées et vomissements provoqués par la médication, la chimiothérapie ou la radiothérapie en cas de cancer, hépatite C, VIH/SIDA

  • Douleurs chroniques, particulièrement en rapport avec le système nerveux ou provoquées par une détérioration des nerfs

  • Glaucome résistant à une thérapie

  • Syndrome de Gilles de la Tourette (THC).

Les indications probantes :

Concernant les autres indications des cannabinoïdes décrites dans la littérature, il y a beaucoup moins d’études cliniques disponibles et celles-ci comportent les écueils énoncés précédemment. Au vu des études cliniques en 2016, certaines indications sont très probantes et mériteraient d’être validées rapidement par des études cliniques multicentriques robustes :

  • les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Crohn, colite ulcéreuse)

  • les troubles du sommeil associée à la douleur chronique

  • les migraines (CBN, CBC)

  • la fibromyalgie (CBD pur),

  • L’épilepsie (CBD, THCV et CBDV) dont les syndromes de Dravet et de Lenox Gastaut (CBD)

  • la schizophrénie (CBD pur à haute dose),

D’autres propriétés du THC sont suggérées par des études cliniques anciennes, comme la bronchodilatation ou la réduction de la pression oculaire. Le THC pourrait ainsi être indiqué dans l’asthme, par vaporisation ou nébulisation, ou dans le glaucome à angle ouvert, par collyre, mais sa durée d’action est courte et nécessite des prises régulières pouvant entrainer des effets psychotropes indésirables.

L’usage compassionnel est autorisé dans de nombreuses indications, malgré l’insuffisance d’études cliniques disponibles, dans certains pays comme l’Italie, l’Allemagne, la Finlande ou le Canada.

Les autres indications potentielles:

Dans d’autres indications, une poignée d’essais cliniques seulement présentent des résultats mitigés. Des travaux scientifiques supplémentaires sont donc absolument nécessaires pour confirmer ces indications :

  • la dépendance/sevrage pour l’alcool, la cocaïne et les opiacés,

  • Le trouble de déficit d’attention et d’hyperactivité,

  • l’anorexie mentale,

  • l’état de stress post traumatique.

  • les troubles anxio-dépressifs associés à une pathologie chronique (CBD et THC à dose modérée),

  • le syndrome du côlon irritable,

  • les maladies neurodégénératives (maladie de Parkinson, chorée de Huntington, Alzheimer).

  • Le syndrome des jambes sans repos et les dystonies

  • certains cancers (2 études cliniques récentes avec du THC à haute dose)

Contre toute attente, l’un des intérêts majeurs des cannabinoïdes pourrait résider dans leur potentiel anti-tumoral ciblé, clairement mis en évidence par une méta-analyse récente qui passe 72 études au crible et amène l’auteur à conclure:

« en plus de leurs actions pro-apoptotique et antiproliférative déjà connues, les cannabinoïdes présentent également des propriétés anti-angiogéniques, antimigratives, antiadhésives, anti- métastatiques.»

L’action anti-cancéreuse des PCB serait médiée par plusieurs récepteurs (CB1, CB2, TRPV2) mais aussi par d’autres mécanismes encore insuffisamment étudiés. Par ailleurs, l’expression de plusieurs oncogènes (TIMP-1,ID-1, JNK, AKT, MMP-2) semble être régulée par les phytocannabinoïdes. Ces constatations suggèrent que les cannabinoïdes puissent être de puissants inhibiteurs de la croissance et de la diffusion de certains cancers. Comme ils sont généralement bien tolérés et ne développent pas les effets toxiques d’agents chimio thérapeutiques classiques (protection des cellules saines avoisinant la tumeur), des études cliniques sont actuellement en cours pour enquêter sur le potentiel de ces substances comme agents thérapeutiques anticancéreux. Le financement de ce type de recherche n’est pas évident alors que cette voie pourrait représenter un espoir dans de nombreux cancers : leucémies lymphoïdes, gliomes et glioblastomes, mais aussi divers adénomes et adénocarcinomes (poumon, sein, foie, vésicule, colon, pancréas, utérus, prostate, testicule, peau).

Pour d’autres pathologies enfin, la recherche n’est actuellement qu’au stade préclinique :

  • l’ostéoporose (CBC)

  • les troubles métaboliques: fibrose hépatique, pancréatite, syndrome métabolique/obésité, diabète (CBD et THCV),

  • les troubles cardiovasculaires (athérosclérose, accident vasculaire cérébral, hypertension artérielle, ischémie CBD, CBG)


Effets secondaires et sécurité d’emploi

En 1999 l’Institut de Médecine des États-Unis s’accordait déjà sur les effets secondaires du produit :

« le cannabis n’est pas une substance bénigne. C’est un médicament puissant qui offre un large spectre d’effets. Cependant, à l’exception des effets négatifs associés aux produits de combustion, les effets secondaires indésirables du cannabis restent comparables aux effets tolérés d’autres médicaments.»

Ces effets indésirables surviennent moins en cas d’augmentation progressive de la posologie et s’estompent en général au fil du temps. De plus, si l’on se fie à la monographie du Sativex, leur fréquence de survenue semble bien moindre et les risques liés au surdosage moins graves que ceux de certains blockbusters pharmaceutiques (dérives opiacés, benzodiazépines).

Les PCB ont un profil de sécurité favorable comme le rapporte le National Cancer Institute des États-Unis dans un communiqué du 17 mars 2011 :

« Contrairement aux récepteurs aux opiacés, les récepteurs aux cannabinoïdes ne se situent pas dans la zone des terminaisons cervicales qui contrôlent la respiration. Ainsi, les overdoses mortelles par détresse respiratoire aiguë ne peuvent pas se produire. Bien que les cannabinoïdes soient considérés par certains comme une drogue, leur potentiel de dépendance est considérablement plus faible que celui d’autres produits prescrits ou d’autres substances dont l’abus est néfaste. Les récepteurs aux cannabinoïdes étant présents dans tous les tissus de l’organisme, et non pas seulement dans le système nerveux central, les effets secondaires qui peuvent être rencontrés sont essentiellement la tachycardie, l’hypotension artérielle, l’hyperémie conjonctivale, la bronchodilatation, le relâchement musculaire, et la baisse de la motilité gastro-intestinale.»

Concernant l’efficacité au long cours, on sait qu’un phénomène de tolérance pharmacodynamique se développe à certains effets du THC, mais pas à d’autres, en lien à une régulation à la baisse réversible et sélective régionalement des récepteurs cannabinoïdes CB1 du cerveau, mise en évidence au PET-scan chez les usagers quotidiens. Ce phénomène de tolérance semble être important sur les effets secondaires indésirables, sans toutefois être observé au niveau des effets thérapeutiques dans les indications reconnues, comme le confirme deux études de suivi de traitement au long cours par Sativex dans la sclérose en plaques.

Le chanvre en auto-médication

Il est nécessaire d’informer son médecin de toute pratique visant à améliorer son état de santé. L’usage médical du cannabis devrait être encadré par un médecin dans la mesure du possible afin de limiter les risques au maximum.

La désobéissance citoyenne:

Les gens veulent des traitements sûrs, naturels et bon marché qui stimulent la capacité du corps à s’auto-soigner et aident la population à améliorer sa qualité de vie. Le cannabis médical est une de ces solutions.

Face à l’évolution lente des représentations et des politiques sur le cannabis, de nombreux patients n’ont pas attendu les autorisations légales pour cultiver le chanvre eux-mêmes et récolter les phytocannabinoïdes qui les soignent, tout en limitant le risque de saisie de leur médicament. Cependant, de nombreux citoyens handicapés sont dans l’impossibilité de gérer la culture de ces plantes.

C’est pourquoi, il s’est développé dans de nombreux pays, parallèlement au circuit de distribution classique des produits pharmaceutiques, un réseau de distribution parallèle d’origine citoyenne, pour faire face à l’absence d’accès médical sécurisé et contrôlé sanitairement. De nombreux patients se sont ainsi regroupés en associations de malades afin de se fournir en produits dérivés du chanvre (fleur, résine, huile) à moindre frais. Nous pouvons citer par exemple les clubs compassionnels au Canada, les dispensaires aux États-Unis (Buyers Club), l’association « Pazienti Impazienti » en Italie ou encore « Principes Actifs » en France. Ces associations ont également pour but de collecter les rapports de cas pour dynamiser la recherche pharmacologique sur les phytocannabinoïdes, mais aussi de créer par hybridation des variétés de chanvre adaptées aux besoins des patients.

Des formes hautement dosées en principes actifs

Les dosages des différents principes actifs peuvent se révéler parfois insuffisants dans la plante brute pour être efficaces et il est par ailleurs très difficile de standardiser les rations de principes actifs des fleurs. C’est pourquoi, de nombreux patients réalisent leur propre extraction, afin d’obtenir un produit concentré plus standardisable. L’utilisation de diverses variétés de fleurs de chanvre pour réaliser ces extractions permet de multiplier les principes actifs et aboutit à différents produits énumérés selon un niveau de concentration croissant : skuff, pollen, hasch et huile solide ou liquide (voir formes et modes d’administration).

Cette dernière forme, hautement dosée, qui avait presque disparu du marché destiné à un usage adulte du chanvre revient récemment en force dans le marché de l’automédication, notamment outre-Atlantique, à travers 3 produits phares : le B.H.O. (Butane Honey Oil), le shatter et le R.S.O. (Rick Simpson Oil). Ces produits aux effets puissants et à utiliser avec les plus grandes précautions sont associés à des cas de guérisons miraculeuses qui nourrissent l’imaginaire et suscitent un engouement. Autant de nouveaux produits dont les bénéfices médicaux mériteraient assurément d’être étudiés plus solidement, ne serait-ce que parce que certaines personnes les utilisent pour se soigner.

Des données empiriques

La plupart des études sur les cannabinoÎdes ont été suggérées par les expériences positives de patients et l’accumulation des rapports de cas. Le plus souvent le chanvre est inhalé (fumé ou vaporisé), parfois il est ingéré par les malades.

Il n’existe pas suffisamment de preuves scientifiques et cliniques à l’heure actuelle pour corroborer l’affirmation selon laquelle une souche donnée de cannabis pourrait avoir plus de bienfaits qu’une autre en fonction d’un état pathologique particulier. En effet, l’essentiel des informations disponibles relatives aux effets du cannabis proviennent des études cliniques menées auprès de ceux qui le consomment à des fins récréatives, et beaucoup moins d’informations sont disponibles sur des études cliniques menées auprès des patients qui consomment le cannabis à des fins médicales : il existe seulement une poignée d’essais publiés sur le produit complet et ils sont tous limités par une très courte durée d’étude et la taille limitée des cohortes.

« les variétés Indica ou Afghanica (riches en THC et en CBD) agissent sur le plan physique (anxiolyse, sédation et analgésie) et sont plutôt recommandées en fin de journée, alors que les variétés sativa (riches en THC et pauvre en CBD) ont tendance à agir sur le plan cognitif (orexigène, psychotonique, hypersensorialité) et sont déconseillées aux personnes qui souffrent de troubles dissociatifs ou de l’humeur». Club compassion de Montréal
 

Liens externes - Sources


Association internationale pour les cannabinoides en médecine (IACM) : https://www.cannabis-med.org/?lng=fr


L’Union Francophone des Cannabinoïde en Médecine : https://ufcmed.org/


Principe actif : https://www.principesactifs.org/